Co-respondre: cartographie phénoménologique du quartier de la Prairie à Genève | Agnès Perreten

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Co-respondre: cartographie phénoménologique du quartier de la Prairie à Genève | Agnès Perreten

Publiziert 11. April 2023

Co-respondre: cartographie phénoménologique du quartier de la Prairie à Genève | Agnès Perreten

Cette première contribution répondant à l’appel « inéduquation » porte un regard sur une manière d’enseigner le projet de façon situationnelle en adoptant la phénoménologie et la participation observante pour rendre compte de l’environnement construit à partir de situations perçues et vécues. Elle est illustrée ici par un bref récit sur une expérience menée à l’HEPIA avec des étudiant·es de 3e année d’architecture.

 

Texte: Agnès Perreten, enseignante à l'HEPIA / Dossier: Inéduquation

Comme dans toute dynamique pédagogique, l'apprentissage en architecture se déroule essentiellement en deux étapes : la perception et la compréhension. Au cours de la première étape, nous saisissons une certaine idée, un phénomène ou une réalité. La seconde englobe tous les mécanismes par lesquels nous ne nous contentons pas seulement de saisir une information donnée, mais l'assimilons, la retenons et sommes capables de l'appliquer dans de nouvelles circonstances et dans des conditions différentes : c'est-à-dire que nous sommes capables d'être créatifs.

La perception peut se faire par l'expérience ou par des concepts abstraits – sentir versus penser ; la compréhension, par l'action pratique ou par la réflexion – agir versus réfléchir.

Dans le cas de notre expérience « des cartes et des rêves », sentir et agir ont été les moteurs pour mieux appréhender la réalité du terrain et les possibilités qui se sont offertes tout au long du processus. La mise en situation des étudiant·es dans le quartier de la Prairie autour des bâtiments de notre école, a permis une observation directe et une représentation rapide au travers de la marche et de la prise de contact avec les usager·ères du quartier. Archives historiques, récits, témoignages et interactions avec les habitant·es ont été le terreau dans lequel les étudiant·es ont puisé pour rêver la ville.

S’en sont suivis des événements participatifs, où étudiant·es et habitant·es ont pu échanger pour former une série de cartographies sensibles et interactives : un appareil à repérer et imaginer un quartier cohérent et rythmé. Les cartes ont esquissé, à travers des interventions basées sur la perception, la concertation et la compréhension, des aménagements imaginés pour améliorer la qualité des espaces urbains.

Un des buts de notre atelier était de sensibiliser les étudiant·es à l’importance et au potentiel de la participation citoyenne, mise en place à partir de leurs propres perceptions sensibles et subjectives du territoire. Cette expérience de mise en confrontation et d’un déplacement vers des altérités culturelles et sociales d’un quartier et de ses habitant·es permet à l’étudiant·e une plus grande disponibilité à l’échange et une posture créative. À partir de la multiplicité des informations récoltées, il devient alors possible de concevoir un projet urbain « connecté » à la réalité du terrain.

L’atelier d'architecture devient ainsi un espace de « correspondance » 1, les étudiant·es prennent l'initiative et proposent des solutions que l’on discute, l’enseignant·e guide et ouvre des possibilités. De cette façon, un processus de classe inversée et d'apprentissage intégratif, transversal et coopératif est mis en place, dans lequel les étudiant·es jouent un rôle actif, tant dans la recherche de réponses que dans la production de connaissances pour un monde en continuel changement.

Agnès Perreten est architecte et chargée de cours à l’HEPIA, Genève.

Note

 

  1. Dans le sens littéral de correspondre : co-signifie « avec » et – respondre « répondre » ref. à Tim Ingold [MF5] 

Dossier : Inéduquation