Articles
Pour une Architecture de l’Anthropocène | Fondation Braillard Architectes
Pour une Architecture de l’Anthropocène | Fondation Braillard Architectes
Les disciplines de la transformation de l’espace doivent globalement s’éloigner d’une vision d’un habitat créé sur mesure par et pour l’Homme pour embrasser celle de l’Anthropocène et œuvrer en faveur de la subsistance du vivant, entre réparation et soin. La Fondation Braillard Architectes a aligné sa formation sur ce constat.
Panos Mantziaras est architecte-ingénieur, docteur en urbanisme et directeur de la Fondation Braillard Architectes.
Diane Henny est spécialiste en développement durable et chargée de mission à la Fondation Braillard Architectes.
Hélène Gallezot est chargée de recherche et assistante de direction à la Fondation Braillard Architectes.
Les derniers temps ne sont pas particulièrement porteurs de bonnes nouvelles pour l’avenir de la planète Terre. Comme l’a exprimé récemment à Genève Petteri Taalas, secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), «nous allons dans la mauvaise direction». C’est un constat critique pour celles et ceux qui considèrent l’actualité comme l’une des entrées permettant la compréhension de notre monde. Davantage, si cette compréhension sert à forger les voies de notre apprentissage de ce qui est, de ce qui fut et de ce qui adviendra. Car ces nouvelles déstabilisent l’état des connaissances des disciplines qui ont longtemps construit leurs majeures avancées sur le postulat de conditions climato-biologiques globalement prévisibles.
C’est en effet sur ce contexte macro-historique que les disciplines de la transformation de l’espace (architecture, urbanisme, paysage, etc.) ont cherché leur place et assis leur légitimité. Pendant la «grande accélération» de la modernité industrielle notamment, ces disciplines ont considéré la Nature comme toile de fond sur laquelle nos vies pouvaient s’esquisser, se projeter, se construire et se vivre. Autant pour les riches que pour les pauvres, pour les conservateurs que pour les révolutionnaires, pour les artistes que pour les ingénieurs.
Or, le dérèglement climatique est dorénavant avéré et inévitable. Face à ses conséquences, il est urgent de réinventer le champ disciplinaire de l’environnement bâti. Une sorte de boussole élémentaire devrait nous orienter dans ces eaux troubles à la recherche de nos futures spatialités. Une boussole constituée de connaissances diachroniques, de sensibilités cultivées dans le humus d’une Terre abusée, d’expérimentations fondées sur certaines constantes de la matière, de l’énergie et de l’humanité, enfin de métriques sur lesquelles notre regard critique pourra s’appuyer.
L’architecture et ses disciplines connexes doivent abandonner définitivement la vision d’un habitat façonné sur mesure pour l’Homme Nouveau des temps modernes. Elles sont appelées à intégrer au plus vite ce que signifie d’avoir attribué à notre période géologique le nom de l’Anthropocène. À cette condition uniquement, elles pourront accompagner le vivant (humain et non-humain) dans des contextes incertains et œuvrer pour sa survie en dignité. Les experts de la biosphère nous avertissent: le dérèglement climatique et son impact sur les ressources naturelles durera non pas des années et des décennies, mais des siècles voire des millénaires. L’architecture a toutes les bonnes raisons de s’engager dans ce projet radical, interdisciplinaire et créatif.
Comment ? Deux chemins nous ont été indiqués par – feu! – James Lovelock et Bruno Latour: réparation et soin. Le premier terme renvoie aux conditions physico-chimiques de la matière et de son énergie associée; il conduit le projet à éclairer à toutes les échelles les innombrables qualités du déjà-là, des formes imparfaites et des usages hybrides, loin de la corvée positiviste du « nouveau ». La seconde notion – le soin – appréhende le vivant dans ses fonctions organiques et ses qualités psycho-spirituelles; il fait appel aux dynamiques immatérielles et pourtant essentielles de l’espace, du lieu, et des réseaux de solidarité indispensables face aux chamboulements qui s’annoncent.
Transition Workshop: une formation intensive et interdisciplinaire de la Fondation Braillard Architectes
Le réchauffement climatique est une réalité qui est en train de s’installer dans toutes les consciences. À celle-ci j’ajoute le constat consternant de la réaction « visqueuse » du système d’acteurs. Depuis 2016, la Fondation Braillard Architectes s’aligne avec les forces de la transition écologique avec son programme pluriannuel de culture et recherche The Eco-Century Project (ECP). Elle s’associe ainsi à l’hypothèse émise par le GIEC selon laquelle il faudra dans le 21e siècle un virage écologique complet de nos sociétés, faute de quoi nous encourons des risques existentiels majeurs.
Sensible à cette alerte, la FBA a lancé dans le cadre du programme ECP le cycle de formation interdisciplinaire du Transition Workshop. C’est une formation accélérée et immersive durant laquelle les connaissances sur l’état de la biosphère nourrissent des outils dynamiques de conception architecturale, urbaine et paysagère. La formation est adressée à des étudiant.e.s en master ou en doctorat, ainsi que les professionnel.le.s en architecture, ville et territoire et leurs disciplines constitutives. La première partie (Theory Masterclass) invite à suivre durant 80 heures des « crash seminars » livrés par un panel très sélectif d’expert.e.s sur les domaines majeurs de la crise environnementale : climat, démographie, agroécologie, énergie, eau, services écosystémiques, psychologie et sociologie du déni et du changement, métriques, économie écologique, urbanisme, économie circulaire, etc. Sur ce socle évolutif est appuyée la deuxième partie (Design Studio) qui interroge durant deux semaines des cas d’urbanisation réels en collaboration avec l’Office de l’urbanisme du Canton de Genève. C’est le point culminant de la formation, qui régénère les dispositifs du projet susceptibles d’assister les acteurs dans leurs arbitrages de plus en plus difficiles. C’est aussi le moment où l’on voit naitre des éléments du nouveau langage de l’architecture, ses formes, ses fonctions et ses matériaux.
Le Transition Workshop constitue une innovation méthodologique sans précédent dans la formation des architectes, unique en son genre en Suisse et dans l’international. Il prépare une nouvelle génération d’agents du changement, avec des compétences et des convictions. Le Transition Workshop est une formation d’excellence qui ouvre des perspectives d’emploi inédites pour la maitrise d’œuvre, l’assistance à la maitrise d’ouvrage et pour la gouvernance des territoires. Le réseau actif des Transitions Fellows agit ainsi sur tous les carrefours de la critique et de l’imagination, pour projeter des pistes d’accélération de la transition écologique. Le Transition Workshop est soutenu par la Confédération Suisse, le Canton de Genève, SIG, EPFL, Université de Genève, Cambridge University et d’autres partenaires publics et privés.
Panos Mantziaras est architecte-ingénieur, docteur en urbanisme et directeur de la Fondation Braillard Architectes.
Diane Henny est spécialiste en développement durable et chargée de mission à la Fondation Braillard Architectes.
Hélène Gallezot est chargée de recherche et assistante de direction à la Fondation Braillard Architectes.
Dossier: Inéduquation
- Voir l'ensemble des articles
- Voir l'appel à contribution