A pour Accompagnement | Théo Bellman

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A pour Accompagnement | Théo Bellman

Publié 21 avril 2023

A pour Accompagnement | Théo Bellman

L’auteur propose de revenir au fondement de ce que nous appelons architecture, se rappeler que c’est d’abord un métier qui consiste d’abord à tirer des liens entre les connaissances, orchestrer, accompagner.

 

Théo Bellmann, architecte epfl, sia. Cofondateur et président de la coopérative labac.

Depuis toujours des maisons se construisent, se détruisent, se transforment, se rénovent et aujourd’hui encore, ces processus sont en grande majorité gérés sans architecte, et c’est bien ces processus qui fabriquent et développent le territoire et l’Architecture avec un grand A. Adolphe Loos image ceci de la manière suivante:

«Si nous rencontrons dans une forêt un tertre en forme de pyramide de six pieds de long, trois pieds de large, tassé avec une pelle, nous nous arrêtons et une voix grave nous dit : quelqu’un est enterré là. Voilà ce qu’est l’architecture» «architecture» (1910, dans Malgré tout, op.cit.p.227

Pendant des siècles les monuments bâtis et non bâtis se sont construits sans architecte, il est donc judicieux de se poser la question des compétences fondamentales d’un.e praticienne, historiquement innexistant.e. Nous pouvons donc faire l’hypothèse que l’architecte a inventé son métier pour exister et les architectes se sont alors mis au service d’autrui qui souhaitait aménager le territoire d’une façon ou d’une autre. Une fois le.la client.e déniché.e il fallait offrir une prestation continue et de grande qualité jusqu’à la remise de l’ouvrage à cette même client.e. Alors quelle est la compétence fondamentale de l’architecte?

Ceci signifie être à l’écoute, traduire, orchestrer, et surtout ravaler son égo et se souvenir que l’Architecture se fabrique aussi sans architecte et que la profession d’architecte est avant tout un métier de service et non un métier d’art.

«Donc, puisque l’architecture est enrichie de la connaissance de tant de diverses choses, il n’y a pas d’apparence de croire qu’un homme puisse devenir bientôt architecte (…)Il se pourra faire que les ignorants auront de la peine à comprendre que l’entendement et la mémoire d’un seul homme soient capables d’un si grand nombre de connaissances. Mais quand ils auront remarqué que toutes les sciences ont une communication et une liaison entres elles, ils seront facilement persuadés que cela est possible.» Vitruve. Les dix livres d’Architecture, p.10 éd. Errance 2005

Vitruve nous l’enseigne, il décrit ce métier comme une capacité à comprendre et tirer des liens entre des sciences. Par exemple, promouvoir une connaissance d’un lieu sans y habiter, expliquer des techniques constructives sans les pratiquer, maîtriser une gestion financière sans être économiste. Cela peut-être traduit comme ceci: accompagner un.e Maître de l’Ouvrage dans un univers complexe, semé d’embûches. L’Accompagnement pourrait alors être une origine de la profession d’architecte.

Alors aujourd’hui l’enseignement donne-il les bases fondamentales de l’accompagnement? Depuis toujours (voir la citation de Vitruve) et aujourd’hui encore, l’architecte doit comprendre beaucoup de disciplines. Et aujourd’hui il ou elle s’appuie plus que jamais sur les compétences d’autres personnes impliquées dans le processus. Alors ne doit-il ou elle pas apprendre simplement et de manière prioritaire à être, comme à l’origine, le ou la pilote des opérations et un.e généraliste du processus de construire?

Car si hier en s’entourant d’artisans de qualité un projet pouvait se construire sans architecte, aujourd’hui et demain c’est aussi la conception, avec la quantité d’outils informatiques, voir l’intelligence artificielle, qui peut être effectuée sans être accompagné. La connaissance est accessible à toutes et tous, par contre la capacité de synthèse, de communication et d’accompagnement ne peut être remplacée. Ceci signifie être à l’écoute, traduire, orchestrer, et surtout ravaler son égo et se souvenir que l’Architecture se fabrique aussi sans architecte et que la profession d’architecte est avant tout un métier de service et non un métier d’art. L’enseignement devra ainsi valoriser la profession dans ce cadre bien précis et apprendre aux jeunes pousses à prendre du plaisir dans toute la beauté, la complexité, la rigueur et la créativité que les métiers de service exigent.

Théo Bellmann est architecte, cofondateur et président de la coopérative labac.

 

Dossier : Inéduquation