Où est la discordance? | Valentin Kunik

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Où est la discordance? | Valentin Kunik

Publiziert 23. April 2023

Où est la discordance? | Valentin Kunik

Valentin Kunik, enseignant à l’HEPIA, soulève un paradoxe: la société exige que les architectes remettent radicalement en question leur profession alors que l’enseignement donne toutes les ressources pour le faire. Il faut faire confiance à la nouvelle génération, écrit-il, et laisser éclore les expérimentations.

 

Valentin Kunik, architecte (Kunik de Morsier architectes) avec un mineur en développement territorial et chargé de cours HES HEPIA.

C’est un fait, académie et pratique discordent dans le milieu de la construction. Grâce aux idées et aux valeurs développées dans les académies, la pratique pourra se renouveler. Lentement évidemment, c’est aussi un fait.

Mais les demandes des nouvelles générations, les demandes des politiques, les demandes d’une part de la société civile questionnent (ou «suggèrent») le besoin de transformer fondamentalement la profession. Le domaine de la construction en Suisse produit 84% des déchets et jusqu’à 40% des gaz à effet de serre. Cela n’a pas toujours été le cas et il semble évident que nous avons aujourd’hui un rôle à jouer.

«Avec nos métiers de la construction, nous pouvons agir sur 84% des déchets ainsi que sur 40% des gaz à effet de serre produits par la société suisse (GES).»

Dans le cours de construction du JMA sur le site de l’HEPIA, nous réfléchissons à la manière de construire le monde. Pour cela nous engageons une réflexion d’abord historique puis critique et enfin projectuelle sur les manières de transformer des milieux pour les rendre plus habitables. Nous cherchons à comprendre comment les différentes époques avant nous se sont matérialisées. Par des recherches documentaires, nous identifions dans le passé comment les «styles» se sont formés autour de 3 préoccupations majeures a) technique b) civilisation c) fonction [ACHE] pour donner lieu à une poétique propre à l’architecture [GROMORT] et à ses formes construites [LAPIERRE] en Occident tout au long du siècle passé [FRAMPTON]. La bulle productiviste apparait alors comme une exception où l’utilisation des ressources en matières, personne et énergie est catastrophique. Les modes de construction d’avant l’époque industrielle étaient, pour la plupart, respectueux de l’environnement et portent peut-être en eux les pistes à explorer pour l’avenir.

«L’académie doit permettre aux nouvelles générations de tester des idées (conceptuelles pratiques techniques ou autre) propres à notre époque qui pourront être insufflées dans les bureaux d’étude.»

Avec nos métiers de la construction, nous pouvons agir sur 84% des déchets ainsi que sur 40% des gaz à effet de serre produits par la société suisse (GES). En faisant des choix simples, nous pouvons participer grandement à trouver des solutions viables et de qualité. Prendre en amont les bonnes informations sur le climat présent et futur d’un lieu, faire une étude exhaustive de ce qui est présent (pas seulement un schwarzplan graphique, mais une étude de ce qui est là) et une investigation intelligente des ressources à disposition permet de toute évidence de prendre les bonnes décisions à toutes les échelles, du plan masse au détail. C’est cela que la société attend des architectes, leur formation est donc en totale adéquation.

Les valeurs de notre époque sont à l’écologie, à la gouvernance partagée, à l’éthique du care ou du principe de responsabilité. Alors que nos pratiques habituelles dans les bureaux d’architecture issues du productivisme nous amènent manifestement vers une crise climatique, sociale et humaine sans précédent que les jeunes générations, les politiques et la société civile refusent, l’académie doit permettre aux nouvelles générations de tester des idées (conceptuelles pratiques techniques ou autre) propres à notre époque qui pourront être insufflées dans les bureaux d’étude. Il faut donner confiance à la nouvelle génération dans ce qu’ils apprennent et qui les aide à faire du monde un milieu plus habitable: l’utilisation respectueuse de ressources, les savoirs faire relatifs aux matériaux bio-géosourcés, des compétences dans dans l'entretien, la réparation, le réemploi, la rénovation, et éventuellement dans la «non-construction» chère à Lacaton Vassal ….

Valentin Kunik est architecte EPFL (Kunik de Morsier architectes) avec un mineur en développement territorial et chargé de cours HES HEPIA.

 

Dossier: Inéduquation