Le paysage comme norme de compréhension | Peter Wullschleger

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Le paysage comme norme de compréhension | Peter Wullschleger

Publiziert 23. April 2023

Le paysage comme norme de compréhension | Peter Wullschleger

Pour Peter Wullschleger, architecte du paysage, ce n’est pas dans la discipline de l’architecture que l’on trouvera les moyens de lutter contre le réchauffement climatique. En revanche, il est plus que temps d’investir dans les formations au paysage, car c’est bien là que l’on devrait pouvoir agir pour s’adapter et anticiper.

 

Peter Wullschleger, architecte du paysage à la Chaux-de-Fonds, secrétaire général de la Fédération suisse des architectes du paysage (FSAP).

 

L’analyse selon laquelle les intérêts des jeunes se déplaceraient face à l’état du monde et aux perspectives peu réjouissantes est certainement correcte. Les mots «avenir», «progrès» et «prospérité» ont perdu leur lien de causalité.

La construction a besoin d'une perspective positive, sinon elle perd son sens. L'architecture dystopique n'est pas concevable. Ce qui motive les architectes et les ingénieurs, c'est la confiance qu'ils ont dans leur capacité à résoudre des problèmes, à maîtriser des défis techniques, à apporter une contribution à la fois rationnelle et créative à un avenir meilleur. Face à l'ampleur, à la multiplicité et à la rapidité des changements, cette motivation s'érode actuellement plus vite que les berges d'un torrent de montagne en crue.

«Ils pensent pouvoir marquer le cours du monde avec leurs œuvres, façonner la société, défendre et créer des valeurs. Ils ne se considèrent pas comme des artisans, ils sont porteurs de culture, ils sont en mission

Les missions de l'architecture n'ont guère changé depuis la nuit des temps. Il s'agit toujours de construire des enveloppes de protection pour les besoins les plus divers de l'homme. Pourquoi cela devrait-il changer à l'avenir? Une autre constante historique est que les architectes ne s'en contentent pas. Ils pensent pouvoir marquer le cours du monde avec leurs œuvres, façonner la société, défendre et créer des valeurs. Ils ne se considèrent pas comme des artisans, ils sont porteurs de culture, ils sont en mission. Cette prétention continue d'être prêchée en maints endroits par le corps professoral, mais les disciples refusent de leur emboîter le pas.

Pendant trop longtemps, la protection du climat a été proclamée par des moyens techniques. Cette option s'avère être un pur vœu pieux. Le réchauffement climatique ne peut pas être arrêté, et surtout pas par l'architecture. À l'avenir, les ingénieurs, les architectes et toute la corporation des planificateurs ne pourront que s'efforcer de rendre le changement climatique plus supportable pour l'homme. C'est décevant. Au lieu de l’utopie, c’est le refus de la dystopie qui montre la voie. Celui qui ne veut pas suivre cette voie n’a pas sa place dans les études d’architecture ou d’ingénierie. Cette prise de conscience ne réduira pas le manque de personnel qualifié dans le secteur de la planification, mais il ne sert à rien non plus de vouloir réinventer l’architecture pour le bien des étudiants, car elle reste importante dans son originalité.

«Le réchauffement climatique ne peut pas être arrêté, et surtout pas par l'architecture.»

La nature s’offre – et ce n'est pas la première fois – comme porteuse de sens et d'espoir. Se réconcilier avec elle et s’en occuper donne confiance. Et en effet, le sol et la végétation possèdent le potentiel de rendre nos espaces de vie plus supportables, voire plus beaux et plus agréables à vivre. Planifier les habitats pour les plantes et les animaux dans lesquels les hommes se sentent également bien n’est toutefois pas la tâche de l’architecture.

«le sol et la végétation possèdent le potentiel de rendre nos espaces de vie plus supportables, voire plus beaux et plus agréables à vivre.»

La discipline qui imagine, planifie, construit et entretient des habitats verts et végétalisés existe depuis des siècles. Elle dispose des outils nécessaires à cet effet. Ce n’est qu’en 2020 que l'International Federation of Landscapearchitects (IFLA) a réorganisé la boîte à outils en fonction des défis actuels et futurs. Le profil de la profession peut être consulté dans la Classification internationale type des professions (CITP) de l'Organisation internationale du Travail (OIT).

Les établissements de formation en Suisse feraient donc bien de laisser l’architecture être l’architecture et d’investir massivement dans la mise en place de filières d'études attrayantes en architecture du paysage. En Suisse, on cherche toujours en vain des filières de Bachelor correspondantes dans les universités et les écoles polytechniques. L’architecture du paysage n’est pas un domaine d'approfondissement de l’architecture. Elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais.

La notion de paysage selon la Convention européenne du paysage s’applique à l’architecture du paysage: le «paysage» est un territoire tel qu’il est perçu par l’homme, dont le caractère est le résultat de l’action et de l’interaction de facteurs naturels et/ou humains. Il n’y a donc pas de ville et de paysage. La ville est l’une des nombreuses expressions du paysage.

«Les établissements de formation en Suisse feraient donc bien de laisser l’architecture être l’architecture et d’investir massivement dans la mise en place de filières d'études attrayantes en architecture du paysage.»

Si l'expression n'était pas si galvaudée, il faudrait s'exclamer Landscape first. Le paysage est une norme de compréhension de la valeur du territoire. Il en résulte – en particulier en Suisse, où le paysage fait partie de l'ADN national – un énorme potentiel, aujourd’hui presque en friche, pour donner une nouvelle connotation positive au développement de notre espace de vie et pour aborder les problèmes ensemble.

Peter Wullschleger est architecte du paysage à la Chaux-de-Fonds (NE) et secrétaire général de la Fédération suisse des architectes du paysage (FSAP).

 

Dossier: Inéduquation