Articles
L’architecture: Reflets de quel monde intérieur? | Volker Ehrlich
L’architecture: Reflets de quel monde intérieur? | Volker Ehrlich
Architecte spécialisé dans les constructions bois et paille, Volker Ehrlich délivre un enseignement qui passe par aussi par l’intuition, les affects, une dimension sensorielle et l’expérience directe avec la matière afin de développer une «conscientisation du monde qui nous entoure».
Volker Ehrlich, architecte (Trait Vivant) et enseignant.
«Créer signifie harmoniser son monde intérieur avec celui de l'objet à créer.» – Antoni Gaudí
«À l’acte de construire, l’architecte apporte ce surcroît d’esprit et d’âme, reflet de sa vie intérieure, capable de vous enchanter et de vous émouvoir.» – Georges-Henri Pingusson
«Là où les générations précédentes développaient leurs affects à travers des expériences sensorielles profondes, grâce à la confrontation avec le milieu vivant, sévit aujourd’hui la prédominance d’un milieu virtuel au détriment de la part de l’environnement « réel », au sens concret du terme.»
La pédagogie qui résulte de ces affirmations s’intéresse inévitablement au terrain sur lequel se construit notre «monde intérieur», la capacité d’enchantement et d’émotion peut alors être le combustible qui alimente l’étudiant et favorise son autonomie. Malheureusement, il est bien rare que les étudiants bénéficient de modes d’enseignement donnant l’occasion de se constituer une vision du monde et de leur métier assumée, et juste.
Là où les générations précédentes développaient leurs affects à travers des expériences sensorielles profondes, grâce à la confrontation avec le milieu vivant, sévit aujourd’hui la prédominance d’un milieu virtuel au détriment de la part de l’environnement «réel», au sens concret du terme. Comment cette approche pourrait-elle servir de modèle pour une cohabitation respectueuse avec notre biosphère? Or, l’enjeu pédagogique d’aujourd’hui se trouve précisément dans la stimulation d’une pensée créatrice qui intègre ce principe majeur.
C’est pourquoi l’enseignement doit tout d’abord aider l’étudiant à structurer ses intuitions et non s’aligner sur un paradigme pédagogique hérité de l’après-guerre. À défaut, les forces du marché exercent une logique insidieuse que l’étudiant adopte faute d’autres repères.
L’usage souvent abusif des logiciels de dessin, de représentation, de simulation thermique et mécanique entrave la confiance de l’étudiant dans sa capacité à appréhender et qualifier sa production et fait place à son formatage.
«La proposition serait de ne pas se contenter de l’exercice de construction à échelle 1 mais de l’assortir d’une conscientisation du monde qui nous entoure»
Selon l’«écosophie», courant de pensée d’Arne Naess, chaque action est nécessairement précédée d’un affect. Cela vaut pour toute création. C’est pourquoi, il nous semble indispensable de valoriser la dimension sensorielle des pratiques d’enseignement: par des voyages d’études (à pied, canoé, bicyclette, ou transport en commun) des chantiers participatifs (toucher la terre, la paille, le bois …). Cette forme de sollicitation suppose un engagement de toute la personne. Une prise de conscience où, crayon en main, le regard disponible, on est immergé dans ce qui constitue ce monde. Enfin détaché des écrans qui nous en offrent une réduction déplorable, voilà un cheminement à développer.
Tant que dominera le principe du profit plutôt que l’usage utile des richesses de la planète, l’enseignement de l’architecture devra se déterminer face à cette mainmise.
Nul endoctrinement ici mais plutôt une invitation à méditer sur l’intoxication qui sévit à tous les âges. Témoins des pressions de ce mécanisme, nous devons y sensibiliser les étudiants. Je parle d’esprit critique, celui que l’on se forge à partir de ses expérimentations.
Malgré la place faite à la philosophie, la sociologie, l’histoire ou encore au biomimétisme, les dernières découvertes en psychologie ou encore en domaine neurologique etc… il manque dans le creuset l’expérience vécue, les sens et l’esprit.
La proposition serait de ne pas se contenter de l’exercice de construction à échelle 1 mais de l’assortir d’une conscientisation du monde qui nous entoure comme modèle idéal pour une architecture d’avenir. Des expériences sensorielles et corporelles en lien direct avec l’enjeu de l’architecture, voilà la route à emprunter!
Volker Ehrlich est architecte (Trait Vivant) et enseignant.
Dossier: Inéduquation
- Voir l'ensemble des articles
- Voir l'appel à contribution