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Et si la nouvelle génération était déjà prête? | Francesco Anfosso
Et si la nouvelle génération était déjà prête? | Francesco Anfosso
En réponse aux questions soulevées par notre appel, un architecte fraîchement diplômé de l’EPFL estime que ce ne sont pas les études qui sont inadaptées au marché, mais plutôt l’inverse.
Texte: Francesco Anfosso, architecte / Dossier: Inéduquation
Urbanisme social, écologie, paysage, durabilité, énergies renouvelables, économie circulaire... Je pourrai continuer la liste encore longtemps, énumérant ainsi les très nombreux domaines abordés au long de nos années d’études à l’EPFL – époque très récente, ayant obtenu mon diplôme en 2020. Par conséquent, la question de la capacité de l’architecture à faire face aux enjeux actuels me semble biaisée ou incomplète. L’université sensibilise et prépare les étudiants aux défis contemporains de la construction durable, tant d’un point de vue écologique que social, réfléchissant à un modèle économique tourné vers l’économie locale, la décroissance, et le vivre ensemble. Une gageure idéaliste ou déconnectée de l’ampleur des défis de la réalité ? Peut-être, mais chaque époque a besoin de ses idéaux pour avancer et innover. La promenadologie et la permaculture ne sont finalement pas si éloignées des utopies de la Cité industrielle de Tony Garnier ou de Broadacre City de Frank Lloyd Wright. Les considérait-on comme des architectes inadaptés aux enjeux de leur temps pour autant ? Je ne pense pas.
Au-delà de nos connaissances, ce sont notre curiosité, notre absence d’a priori et notre profond intérêt pour ces questions d’écologie qui font de nous des architectes aptes à chercher des solutions aux enjeux futurs. La désillusion vient de la confrontation de ses propres convictions avec le monde du travail et l’inertie qui le caractérisent. Ceci, même lorsque lesdites convictions se cantonnent à de simples principes d’utilisation de matériaux à l’énergie grise moins vorace par exemple.
Nos quelques années d’études ne font pas le poids face aux anciennes générations occupant tous les postes décisionnels dans la construction. Ainsi, promoteurs, communes, clients, mandataires et même trop souvent architectes chefs de projet ont malheureusement tout autant de considération pour nos apports pour les questions écologiques et sociales.
Je trouve que votre question, ainsi posée, appartient à ce monde. Un monde qui se décharge de ses responsabilités, les laissant aux générations successives. Un monde qui repousse la question écologique pour le moment où il sera trop tard. Un monde qui met surtout le profit comme priorité unique et absolue du domaine de la construction.
Les prochaines générations d’architectes répondront probablement à ce qui se passera après notre défaite. Par exemple, elles dessineront les habitations pour les réfugiés climatiques installées à la Pontaise ou devant le Théâtre de Vidy ; des marchés aux puces à la place des grands magasins de vêtement à Bel-Air ; des serres permettant la culture des bananes ou des célèbres citrons de Vevey.
Soyons sérieux. La nouvelle génération est déjà prête à changer les choses. Il faut juste l’écouter et (s’)investir pleinement à ses côtés dans cette nouvelle approche à la recherche d’un nouvel habitat, de nouvelles habitudes remplaçant le Confort de l’époque capitaliste. Il faut introduire de nouveaux paradigmes sociétaux au-delà de l’argent, la rentabilité et le fonctionnalisme.
Donc, pour répondre à votre question : non, ce n’est pas l’éducation qui doit se mettre en adéquation avec la société actuelle. Ce sont les professionnels, les anciens architectes, les fonds immobiliers, les auteurs des règlements communaux, cantonaux et fédéraux qui ne doivent plus se dérober et répondre en premier aux enjeux contemporains.
Francesco Anfosso est architecte à Lausanne.
Dossier : Inéduquation
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