Ce que les crises humanitaires peuvent nous enseigner | Ivan Vuarambon

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Ce que les crises humanitaires peuvent nous enseigner | Ivan Vuarambon

Publiziert 12. April 2023

Ce que les crises humanitaires peuvent nous enseigner | Ivan Vuarambon

Pour Ivan Vuarambon, architecte et membre du corps suisse d’aide humanitaire, les principes appliqués depuis des année dans l’architecture humanitaire peuvent contribuer à la formulation d’une « pédagogie inversée ». Celui-ci offrirait un cadre d’enseignement fondé sur l’adaptabilité et la coopération au détriment des soucis d’expression qui règnent encore de nos jours dans les milieux universitaires.

 

Texte: Ivan Vuarambon, architecte, Corps suisse d’aide humanitaire de la DDC, enseignant HEPIA, HEIA-FR et EPFL / Dossier: Inéduquation 

Cette contribution se base sur plusieurs séminaires d’architecture de crise proposés à l’HEPIA et la HES‐FR depuis 2011 ainsi que sur deux semestres comme professeur invité en Master d’architecture à l’HEPIA de Genève en 2017 et à l’EPF de Lausanne en 2020.

Mes expériences académiques consistent à introduire les problématiques humanitaires qui touchent aussi bien les pays en voie de développement que les pays développés (changement climatique, flux migratoires, mobilité, écologie, inégalités), afin d’explorer un enseignement qui s'affranchit des outils habituels du projet d’architecture et s’appuie davantage sur l’intuition et les connaissances pré‐acquises des étudiant·es.

Les crises, qui bousculent les cadres normatifs, peuvent nous aider à questionner les formes architecturales et urbaines contemporaines, que nous continuons à concevoir sur des modèles figés, en les comparants à celles qui se créent de façon moins formelle dans les contextes humanitaires.

Des solutions qui répondent de façon adaptive aux défis de leur époque.

Des évènements réels, des thématiques concrètes et des outils habituels dans l’environnement humanitaire ont servi de cadre de travail tels que les questions de participation, genre et diversité, durabilité et gestion des ressources, auto‐reconstruction mais aussi de planification spontanée, accès aux services essentiels, densité, Réduire‐Réutiliser‐Recycler.

Le construit se comprenant généralement dans le temps long et les crises dans le temps court, il s’agissait de proposer des solutions rapides et réalistes. Le rôle de l’enseignant était d’accompagner et de donner des références et des exemples contextuels à mesure de l’avancement des projets sur le principe de la « pédagogie inversée », qui reflète bien les approches transversales, ascendantes – bottom‐up – et incrémentales appliquées depuis longtemps dans l’humanitaire et théorisées entre autres par l’anthropologie urbaine.

La réponse d’urgence permettant d’identifier facilement les dimensions essentielles qui dépassent le cadre du projet d’architecture, les travaux ont révélé la capacité de tout·tes à exprimer des concepts et des idées qui sortent de la seule conception du bâtiment. Les thématiques sociales, politiques, économiques et culturelles ont été abordées avec beaucoup de maturité alors que les propositions démontraient une facilité à se projeter dans la réalité, autant dans la construction que dans l’usage, en adéquation avec les contraintes imposées par les contextes humanitaires proposés. Les étudiant.es ont ainsi réalisé que, pour être à même de relever les défis posés par les crises contemporaines, on peut s'affranchir du souci d'expression personnelle et devenir l’interprète capable de traduire par le dessin les besoins et les préoccupations des usagers de l’espace construit. En créant les conditions d’un dialogue entre tous ceux et toutes celles qui habitent cet espace, l'architecte peut contribuer par sa connaissance, ses idées et son engagement, aux processus qui vont augmenter la résilience d’une société face à un monde en mutation.

Je suis convaincu de la pertinence d’une pédagogie inductive et interrogative pour préparer les futurs professionnel·les à résoudre les problèmes multidimensionnels qui sont à nos portes. L’architecture humanitaire, qui se confronte directement aux défis de notre temps, peut contribuer à la formulation d’un tel enseignement.

Ivan Vuarambon est architecte pour le Corps suisse d’aide humanitaire de la DDC – Genève.

Dossier : Inéduquation