Apprendre du chantier | Laurent de Wurstemberger

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Apprendre du chantier | Laurent de Wurstemberger

Publiziert 21. April 2023

Apprendre du chantier | Laurent de Wurstemberger

L’auteur, architecte et entrepreneur, estime que l’expérience du chantier est probablement la meilleure école pour amener les futur·es architectes à se reconnecter avec la réalité de la construction.

 

Laurent de Wurstemberger, architecte et entrepreneur à Genève (Terrabloc), enseignant à la HEIA-FR.

Lorsque l’on s’engage dans des études d’architecture ou d’ingénierie, c’est pour construire, bâtir. Quoi de mieux qu’un stage sur un chantier? Aujourd’hui, on forme les étudiants à dessiner, à calculer, à penser l’espace, à mettre du sens dans leur projet, à s’engager pour un environnement construit de qualité, mais hélas, on ne sort peu de son atelier de projet ou sa salle de cours.

Peut-être que durant le cursus, il faudrait instaurer une période d’immersion dans un chantier réel, en s’engageant dans une entreprise de gros œuvre, avec une petite équipe de peinture ou chez un artisan local. Pour comprendre la réalité de la construction et la vivre de près, de l’intérieur. Une telle expérience pourrait-elle influencer le jeune apprenti architecte ou ingénieur et lui apporter un nouveau regard sur sa manière de projeter? Cela pourrait également se concrétiser par un stage dans une entreprise générale ou un bureau de direction des travaux. Habiter le quotidien des professionnels de la construction, découvrir les enjeux économiques, les problématiques de planification et les répercussions du projet dessiné sur l’exécution d’un ouvrage ou d’une infrastructure.

durant le cursus, il faudrait instaurer une période d’immersion dans un chantier réel, en s’engageant dans une entreprise de gros œuvre, avec une petite équipe de peinture ou chez un artisan local.

Durant mes études, j’ai eu la chance de faire cette expérience assez déroutante: un mois pendant les grandes vacances d’été dans une entreprise de peinture à Genève: réveil aux aurores, confronté aux bruits de chantier, à l’atmosphère poussiéreuse, accompagné d’ouvriers attentionnés qui m’apprenaient comment tenir un pinceau. La pause-café avec cigarettes et jambon beurre, la grillade de midi et les échanges avec les différentes cultures présentes. Le quotidien de l’artisan qui bâti, l’art du geste, la répétition et une routine qui s’installe au fil des jours. La fatigue, la sueur, les douleurs et les courbatures après les premiers jours de travail. De cette expérience est née un profond respect pour tous ces ouvriers, patients et courageux, une admiration pour ces travailleurs de l’ombre. Bien sûr, la visite d’un étudiant architecte a fait sourire et donnait lieu à sarcasmes et railleries, mais jamais malintentionnés. Il faut dire que j’ai raté quelques plafonds et que des radiateurs n’ont pas été parfaitement peints. Mais ce fut de belles rencontres, un échange réciproque bienveillant et enrichissant.

De cette expérience est née un profond respect pour tous ces ouvriers, patients et courageux, une admiration pour ces travailleurs de l’ombre.

De cette plongée de l’étudiant dans un chantier, pourrait alors émerger une nouvelle manière d’échanger avec le monde de la construction, retrouver un lien fort entre les projeteurs et les constructeurs, entre la théorie et la pratique. Tout le monde aurait à y gagner, étudiants et ouvriers, monde académique et domaine de la construction.

Laurent de Wurstemberger est architecte et entrepreneur à Genève (Terrabloc), enseignant à la HEIA-FR.

Dossier : Inéduquation